Ma première fois, par Josée Cattin, directrice d’Interforum

Ca y est je l’ai fait : je suis allée travailler sur le stand de l’ASDEL à la Foire du Livre à Bruxelles. Révélations.
J’ai découvert que la production des éditeurs suisses était connue, reconnue, admirée, et que les lecteurs peuvent être exigeants, érudits, persévérants, fidèles et très heureux d’avoir l’occasion une fois dans l’année de retrouver « leurs » éditeurs à Bruxelles. La pure commerciale vendeuse de palettes que je suis fut très, mais très fière de conseiller, défendre et vendre des livres suisses.
J’ai saisi l’importance et l’évidence des liens avec le Québec et la Wallonie, au-delà du fait que nos homologues sont forts sympathiques, nos relations avec eux aboutissent à des projets, des moyens, des outils. Autant de possibilités de faire rayonner nos auteurs, nos éditeurs, nos créateurs au-delà de notre petit pays.
J’ai passé du temps à comprendre à quel point nous Helvètes étions des chanceux d’avoir la culture du consensus dans le sang : notre association réunissant éditeurs, libraires et diffuseurs apparaît comme un miracle ailleurs. Et un gouvernement qui assure la représentation de nos différentes langues nationales en est un autre. Il est bon de se rappeler de temps à autre que ce qui est normal pour nous est extraordinaire pour d’autres.
J’ai compris pourquoi nous passions tant d’heures sur les dossiers de Pro Helvetia, l’OFC, le SBVV et la CDAC – et tous ces trucs à acronymes qui me semblaient tellement abstraits. Toute l’armada politique permet de rendre le livre visible, présent, accessible. C’est crucial dans toutes les institutions, tous les services, tous les ministères d’avoir quelque part quelqu’un qui gère un dossier « Livre », parce qu’il y a dans nos livres toutes les graines de la connaissance, la réflexion, l’esprit critique qui font pousser des être humains éclairés. Belle théorie n’est-ce pas ? Alors imaginez donc la pratique si tous les dossiers « Livre » passaient à la corbeille. Rien ne changerait pour certains. Tout changerait pour d’autres. Nous sommes les autres. En nous avons les meilleures raisons du monde de nous lever le matin pour que tout le monde, tout le monde puisse lire des livres.
Je suis allée à Bruxelles, une fois. Ce ne sera pas la dernière fois.

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