Pour une réduction des frais de port pour le livre !

L’annonce récente d’un accord entre Amazon et La Poste permettant au vendeur en ligne de pouvoir désormais livrer l’intégralité de son offre en ligne en 24h n’importe où en Suisse interpelle bien entendu notre association mais aussi le SBVV (Schweizer Buchhändler- und Verleger-Verband).

On y apprend que La Poste garantira le dédouanement en moins de 3h de chaque colis expédié par le géant d’internet depuis l’Allemagne ou la France, sans rien savoir du détail de ces accords, ni si des prestations privilégiées en termes de tarification ont été négociées entre les deux entités, ce que l’on serait tenté d’imaginer au vu du volume annuel de colis projeté…

Au-delà d’ouvrir grand les portes à Amazon –une société qui ne paie pas d’impôts dans notre pays – aux dépens du commerce de détail en Suisse, La Poste – entreprise publique – dévoile une stratégie qui ne laisse pas de nous interroger. Il y a une bonne quinzaine d’années, La Poste dénonçait unilatéralement les accords signés avec l’interprofession du livre qui garantissaient un prix spécial plus bas pour tous les envois de livres. Cette mesure prenait en compte un volume annuel important d’expédition d’une part entre les éditeurs/diffuseurs et libraires et d’autre part entre les libraires et les clients finaux : elle reconnaissait au livre son statut de bien culturel. Cet accord a été peu à peu remplacé par des accords BtoB entre libraires/éditeurs et La Poste, accordant des réductions de tarif marginales et uniquement pour les envois à l’étranger, réductions renégociées année après année, et que certains de nos membres ignorent.

Le marché du livre en Suisse est spécifique puisque quelque 80% des livres vendus chaque année proviennent de l’étranger et à l’instar d’autres biens – les produits de pharmacie, les voitures ou la nourriture –, le prix du livre se trouve renchéri par rapport à son prix d’origine afin de garantir sa disponibilité et les services qui l’accompagnent. Amazon de son côté vend les livres avec un prix moyen de quelque 30 à 35% inférieur à celui qu’est en mesure d’offrir n’importe quelle librairie suisse qui paie le plein tarif pour ses colis postaux. Les facilités qu’elle se voit offrir aujourd’hui par la Confédération signent le préavis d’une nouvelle crise de la librairie et font courir le risque d’une fermeture de nombreuses enseignes qui contribuent à l’impôt dans le pays.

C’est pourquoi nous demandons à La Poste de bien vouloir ouvrir des discussions avec la branche du livre en Suisse dans le but de reconnaître à nouveau un statut privilégié au livre, et de définir ensemble les meilleurs moyens de l’établir. Une lettre en ce sens vient d’être envoyée à Mme Suzanne Ruof, directrice générale, il est vrai déjà accablée par le scandale «Car postal»…

(Olivier Babel, 8 février 2018)

 

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